avr 03 2009

Argentine

Publié par Latitude Responsable

20 février – 13 mars 2009

Sous les voûtes de l’entrepôt, des oeuvres d’artistes contemporains habillent les murs sombres et crépis. Au fond, sous la lumière tamisée, des serveurs s’affairent à déboucher malbecs et cabernets, pour les apporter autour de la piste de danse, sur des tables de cafés encombrées d’empaňadas et de spectateurs, venus entre amis accompagner de leur présence discrète les danseurs de tango canyengue.

En ce mercredi soir, comme chaque semaine, des anonymes se retrouvent pour danser le tango au ‘ Salon Cathedral’, ou pour l’apprendre. Douce ambiance rythmée par la musique, et par les sourires des danseurs, qui à chaque faux pas rient de leur maladresse, s’encourageant à persévérer dans l’exercice d’une ‘barrida’ ou d’un ‘contretemps’.

Buenos Aires est plus facile d’abord que New Delhi ou Dacca, et nous y retrouvons des amis qui nous hébergent et nous montrent le meilleur de ‘leur’ ville, le soir. Nos journées, elles, sont dédiées à préparer la suite de notre route. Mise à jour du site, préparation de notre itinéraire des prochains mois, démarches administratives au port de Buenos Aires pour récupérer notre voiture, prise de rendez-vous avec des entreprises…

Aussi, nous travaillons sur les derniers documents pour le test de notre cas pédagogique dans le cours d’ethique des entreprises de Cécile Renouard, à l’École des Mines de Paris.

Quelques jours plus tard, les nouvelles de ce test sont excellentes. Les étudiants ont accroché, ont participé, ont aimé nos supports texte et vidéo, et ont été intéressés par le contenu. Voilà de quoi récompenser largement le temps que nous avons passé en février à préparer ce test!

Nous nous laissons encore bercer quelques jours par Buenos Aires, par ses rues animées, avant – soulagement – de récupérer, à force de démarches interminables au port, notre voiture, avec laquelle nous prévoyons de faire la route jusqu’à New York, à travers toutes les Amériques… Il faut le reconnaître, un tel programme nous intimide un peu!

Pour notre dernier jour à Buenos Aires, nous obtenons un rendez-vous avec le nouveau président de Planet Finance en Argentine, ONG française fondée par Jacques Attali, dont l’objectif est de favoriser le développement d’offre de microcrédit par les banques dans le monde entier. Danyel Higa, argentin d’origine japonaise, nous reçoit chez lui toute la matinée, pour un entretien passionnant, qui viendra compléter un film que nous ferons par la suite sur le microcrédit en Amérique Latine.

Un dernier abrazo, la façon dont les argentins se saluent d’une bise et d’une accolade, et surtout de sincères remerciements à Grégoire, Emilienne, Mohammed et Adèle, et nous prenons la route vers l’ouest, direction Mendoza. À la sortie de Buenos Aires, nous sommes invités deux jours chez Vincent Chevalier, un français amoureux de l’Argentine, qui y a créé il y a 20 ans l’agence de tourisme Equinoxe, qu’il dirige et développe depuis. Il nous accueille dans son campo pour que nous puissions bricoler dans notre van avant de nous jeter définitivement à l’assaut des grands espaces… Vincent, Claude, nous ne savons comment vous remercier pour les deux journées que nous avons passées en votre compagnie!

En route

Une longue route désespérément droite de 1200 km, fendant la pampa d’est en ouest, nous emmène de Buenos Aires à Mendoza. Nous arrivons alors de nuit chez Brigitte et Philippe Subra, qui après avoir travaillé pour EDF en Argentine, ont décidé de rester et de reprendre une hacienda à l’abandon. Ils produisent alors depuis cinq ans un excellent vin qu’ils ont appelé CarinaE, nom choisi par Philippe, passionné d’astronomie. (Carina est une constellation de l’hémisphère sud).

Nous resterons trois jours à Mendoza, toujours pour équiper notre voiture qui sera également notre maison pour les cinq prochains mois, et pour, le soir, accompagner Brigitte et Philippe à une de leurs dégustations, ou dîner avec des argentins auprès de qui des amis nous ont recommandé.

À partir de Mendoza, nous empruntons la fameuse route 40 qui traverse l’Argentine du Sud au Nord le long de la cordillère des Andes… Paysages immenses, dans lesquels l’oeil se perd, plateaux à flanc de montagne, champs de cactus : nous changeons de planète à chaque vallée, chaque col, chaque virage. Murs de latérite ruiniforme pour horizon, nous évoluons dans les espaces semi désertiques de la région de la Roja, avant de remonter vers Cafayate, Cachi, Salta.

Parfois, des rivières ou des torrents inondent la route, et nous obligent à aller dans leur lit pour en sonder la profondeur, afin de vérifier si le van pourra ou non passer… Après quelques hésitations, cela finit toujours pas passer, à condition de ne surtout pas s’arrêter!

Le soir, nous dormons au bord de la route dans notre van, ou nous demandons l’hospitalité dans de petits villages, à des fermiers ou des vignerons qui nous prêtent un bout de champ ou de jardin, et nous achetons avec un sourire et une ou deux bouteilles le droit d’utiliser leur salle de bain.

Nous atteignons assez rapidement San Salvador de Jujuy, pour un rendez-vous avec Simon Gronda, fils du fondateur de l’entreprise de santé CEGIN, qui délivre des soins à un prix accessible aux 60% de la population de la région de Jujuy qui n’ont accès à aucune sécurité sociale (voir l’onglet Reportages). Au terme de notre rendez-vous, il est convenu que nous nous rendions dans un des centres de CEGIN un peu plus au nord, dans la petite ville de Tilcara dont la richesse relative provient exclusivement du tourisme.

Nous faisons la route dans l’après-midi, nous installons dans un camping, et le lendemain, passons un long moment avec Alexandra, médecin du centre, et avec certains patients qui acceptent que nous les interviewions.

Le lendemain, nous faisons une première tentative pour passer de l’autre côté de la cordillère, au Chili, à San Pedro de Atacama, d’où nous prévoyons de prendre la route pour la Bolivie, par l’Altipano et le Sud Lipez. Pour cela, il nous faut passer un col à 5000 mètres d’altitude… Lors de la première tentative, nous perdons tout notre liquide de refroidissement, car notre courroie en a broyé une durite… Nous effectuons donc une réparation de fortune avec du chatterton, mettons tout ce que nous avons d’eau disponible dans le réservoir, et redescendons à Tlicara pour trouver un garagiste qui puisse réparer la durite et changer le fusible du radiateur.

La deuxième tentative quelques heures plus tard sera la bonne, nous passons le redouté col, traversons le desert de Atacama, perché sur un plateau à la même altitude que notre Mont Blanc, et redescendons côté Chilien, jusqu’à San Pedro de Atacama.

Demain, samedi 14 mars, nous serons en Bolivie.

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