avr 15 2009
Bolivie
13 mars – 21 mars
Nous arrivons au bout de l’Argentine, et décidons alors de traverser la Bolivie pour rejoindre le Pérou. Cela suppose de monter avec le van à plus de 5.000m d’altitude, de traverser les zones désertiques du Sud Lipez avec provisions d’essence, puis de revenir à la civilisation à Uyuni, ville industrielle sans âme bordant le célèbre Salar du même nom, de faire la pénible route en éternelle construction jusqu’à la ville minière de Potosi, et enfin de rejoindre la Paz, la capitale administrative, puis Copacabana au bord du lac Titicaca, pour passer la frontière avec le Pérou. Nous prévoyons le tout en seulement 7 jours, dont trois à La Paz…
Contexte
La Bolivie, anciennement ‘Haut Pérou’, fut le berceau de la civilisation Tihuanaco, incorporée ensuite à l’empire Inca. Conquise par Pizzaro, le pays passa sous domination espagnole en 1538. Elle prend le nom de Bolivie après l’indépendance obtenue par Simon Bolivar en 1825, et après avoir fait la richesse de l’Espagne, qui en exploitait les mines d’argent, notamment celles de Potosi.
Grande comme deux fois la France, avec une densité de population de seulement 8 habitants au km2, la Bolivie, qui a perdu la moitié de son territoire après de nombreuses guerres avec ses voisins, est coincée, sans accès à la mer, entre la cordillère des Andes à l’ouest, la forêt Amazonienne à l’est, et le ciel…, ce qui empêche le pays d’exporter des matières premières pourtant présentes.
L’histoire proche est marquée par des crises sociales récurrentes, en raison des choix effectués par les différents gouvernements de confier l’exploitation des ressources naturelles, en particulier du gaz, et de l’eau, à des sociétés étrangères.
L’arrivée d’Evo Morales au pouvoir fin 2005 marque une rupture dans l’histoire politique du pays. Premier président issu de la population Indienne du pays (qui représente plus de 60% des habitants), il commence son mandat par nationaliser l’exploitation des hydrocarbures, et doit alors négocier avec les 23 compagnies étrangères telles que BP, Total ou Petrobras de nouveaux contrats pour que l’Etat profite beaucoup plus de ces richesses. Grâce à cette manne, les plus urgents des programmes sociaux ont vu le jour : développement des routes (le réseau routier est déplorable en Bolivie, nous y reviendrons !), programmes d’alphabétisation, la renta dignidad de 200 bolivianos (20€) pour tous les boliviens de plus de 60 ans, allocation pour les familles afin d’aider à la scolarisation des enfants, salaire minimum qui bondit à 575 bolivianos (environ 55€). Une banque du développement devrait même voir le jour pour favoriser l’accès au crédit pour les petits et très petits entrepreneurs.
Nécessaires mais insuffisantes mesures dans un pays qui figure au 117ème rang mondial en matière d’IDH (Indice de développement humain), qui dépend autant de l’aide extérieure (en 2005, l’aide apportée par Washington représentait 10% du PIB bolivien…) ; et mesures qui n’apaisent pas, bien au contraire, les tensions sociales et politiques du pays.
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Le haut plateau de l’Altiplano, au sud de la Bolivie, est le plateau le plus élevé du monde après le Tibet. Région quasiment désertique d’une altitude moyenne de 3800 mètres, il englobe 10% du pays et 70% de la population s’y concentre, dont un tiers de la population urbaine.
C’est par là que nous entrerons, par la région du Sud Lipez.
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Montée dans l’Altipano
Depuis Tilcara, au nord de l’Argentine, nous partons plein ouest, à l´assaut de la route qui grimpe dans l´Altipano, au carrefour de l´Argentine, du Chili et de la Bolivie.
Apres 2000m de dénivelé ce vendredi 13 mars, le van surchauffe, on s´arrête. Bilan de l´inspection : une durite qui conduit le liquide de refroidissement a été broyée par la courroie du moteur, et le ventilateur ne fonctionne plus… Il faut redescendre et réparer. Nous mettons alors du chatterton autour de la durite, vidons toute l´eau disponible dans la voiture dans le circuit de refroidissement, et redescendons à Tilcara trouver un garagiste.
La deuxième tentative sera la bonne. Quelques heures plus tard, nous reprenons la route, qui longe un canyon sur 2600 m de dénivelé, et ne déplorons pas la moindre surchauffe. C´est là que l´on débouche sur l´Altipano : un immense plateau entouré de sommets culminant à plus de 6000m, et formé presque exclusivement de désert de sable, de roche, de toutes les couleurs… Cette route est la seule qui permet de rejoindre le Chili par le nord de l´Argentine… Nous ne sommes donc pas seuls, mais tout de même, quel sentiment…
Encore un col, à 4805m, la hauteur du Mont Blanc, avant de laisser à notre droite la piste d´entrée en Bolivie, pour aller passer la nuit à San Pedro de Atacamas au Chili. En effet, il fait déjà nuit, et il serait inconscient de se lancer de nuit sur les pistes boliviennes, car on pourrait, à ce qu’on dit, y faire de mauvaises rencontres… Et de toute façon, il nous faut prendre de l’essence, en prévision de la traversée du Sud Lipez, dans lequel nous ne sommes pas prêts de croiser une station service!
Une fois la douane chilienne passée, nous filons trouver un camping, dans lequel nous rencontrons deux suisses qui voyagent dans la même voiture que nous! On sympathise, et on décide de faire route ensemble le lendemain.
Le lendemain matin, nous sommes donc deux Volkswagen T3 à reprendre la route qui retourne en Argentine (qui grimpe beaucoup pour une voiture de 1991), mais à bifurquer à gauche 40km plus loin, là où un petit panneau indique discrètement l’entrée en Bolivie, désignant de sa flèche un plateau désert tranché par une piste de terre…
Nous entrons ainsi dans le Sud Lipez, présentons nos papiers et nos respects à un poste de douane qui s’est perdu un peu plus loin, sur ce plateau boudé par la vie, et continuons sur la piste. Nous contournons un volcan, qui découvre bientôt la célèbre ´laguna verde´ où nous déjeunons. La route est relativement bonne, et le T3 des Suisses, qui n´est pas 4×4 comme le notre, arrive tout de même à nous suivre.
Nous ne nous attardons pas, car avant la laguna colorada où nous avons prévu de passer la nuit, il reste 300km de pistes. Et nous devons aussi aller faire tamponner le carnet de passage en douane de la voiture dans un autre poste de douane, qui sert aussi de poste de surveillance d´une usine chimique perchée à 5020 m d´altitude, un record pour tout le monde et surtout pour la voiture! Nous y surprenons un douanier en plein ‘tchat’ sur internet… Internet, à 5020m d’altitude, dans le désert de l’Altipano !
Quelques heures et un désert plus tard, nous débouchons sur la ‘laguna colorada’, lagune à pied de volcan, dont les couleurs changent avec le soleil, peuplée de centaines de flamants roses et blancs, et avec à son bord des sources d´eau chaude qui l´alimentent, et dans lesquelles les lamas aiment faire trempette en broutant le peu de verdure que la présence d’eau protège tant bien que mal de l’aridité et du froid … Nous n’avons rarement vu paysage aussi beau.
Coucher de soleil, lever de lune, lever de soleil… les flamants roses nous bercent toute la nuit. Il fait de toute façon tres froid à 4600m, et dans notre voiture, nous dormons très peu.
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Salar de Uyuni
Le lendemain, nous quittons nos amis suisses, pour enchainer 7h d´une piste hostile afin de rejoindre Uyuni. Nous sommes suspendus aux couinements de notre van, qui gémit dès que les pierres ou les creux sont trop imposants… Nous arrivons á Uyuni á 18h, pour la fin du marché dominical, seule animation de cette ville minière qui n´est que le fantôme d´elle même, avec ses rues désertes, ses bâtiments de briques de terre, et ses quelques âmes qui errent dans les rues, ces femmes boliviennes en chapeau, doublement tressées derrière la tête, enveloppées dans des gilets et châles d´alpaga, le dos vouté à force de supporter le climat et la charge de leur Aguayo, ce tissus traditionnel qui sert à porter sur son dos aussi bien les enfants que les courses. Derniers vestiges d´une époque qu´MTV et le tourisme de masse seront bientôt le cortège funeste.
Nous passons 20km au nord, et entrons dans le Salar d´Uyuni avec le van pour y passer la nuit, roulant pleins gaz sur cette prodigieuse étendue de sel, et visant le soleil qui nous attend pour se coucher. Nous sommes seuls, sur cette mer de sel blanc, d´une platitude intimidante. Parfois, un filet d´eau le recouvre, et c´est alors comme si l´on roulait sur un lac. Beaucoup d’émotion entre nous trois dans la voiture, en repensant à la façon dont nous avions rêvé ce moment alors que nous préparions seulement le projet, en France, il y a déjà plus d’un an…
100km plus loin, nous arrêtons arbitrairement la voiture, regardons le soleil nous quitter discrètement, remplissant le Salar de ses derniers rayons violets et oranges.
Nous attendons alors sous la poussière d´étoiles le lever de lune. Nous avons de la chance, en pleine saison des pluies nous n´avons pas vu un nuage depuis notre entrée en Bolivie. Nous veillons tard cette nuit là, assourdis par le silence qui règne, et la beauté de ce ciel qui se reflète presque sur la surface de sel…
Le Salar est le vestige d’un lac d’eau de mer asseché et situé à 3.700m d’altitude. Plus vaste désert de sel du monde avec sa superficie de 12.500 km2 (un peu plus que toute l’Ile de France), et ses quelques 10 milliards de tonnes estimées de gisement de sel, le salar contient surtout 1/3 des réserves de lithium exploitables de la planète, solide à l’immense potentiel électrochimique, qui est utilisé de plus en plus dans la construction des batteries de nos appareils électroniques. Inutile de dire que l’enjeu est grand pour la Bolivie qui a autorisé en mars 2008 la création sur le Salar d’une usine d’extraction. Enjeu pour la Bolivie, et également pour la France, qui fait partie des pays ayant les compétences pour extraire ce lithium.
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Potosi
En repartant d’Uyuni, nous prenons une route impossible pour Potosi, une des villes les plus hautes du monde, située à 4070m au pied du Cerro Rico, montagne de minerai d’argent qui domine la ville, et qui fera la richesse des conquistadores espagnols pendant près de 60 ans, à partir de 1545.
La ville n’était à l’origine qu’un tout petit village. Quand les conquistadors espagnols arrivèrent et quelques années plus tard, entre 1542 et 1545, y découvrirent en effet les plus grands filons argentifères, Potosi devint rapidement ce que l’on considéra comme le plus grand complexe industriel au monde au XVIème siècle, et la ville la plus peuplée d’Amérique Latine parès Mexico. Plusieurs millions de travailleurs se succédèrent dans les mines, indigènes et esclaves amenés d’Afrique, sous la surveillance et la surexploitation des colons.
La citation de Don Quichotte ‘vale un potosi’ (ça vaut un Potosi), s’emploie en espagnol pour désigner quelque chose de très riche. Mais à partir de 1800, les ressources d’argent déclinent, l’étain devient la première ressource extraite, et la ville entame son déclin économique.
Aujourd’hui, seuls les anciens bâtiments tels que l’Eglise San Lorenzo et quartiers coloniaux témoignent de la richesse passée. Les mines sont toujours en exploitation, même si les quantités de minerai qui en sont extraites sont beaucoup plus faibles. Dans les innombrables tunnels de la mine, où la température peut atteindre 30°C et où l’air est difficilement respirable, à cause des particules de minerai et d’amiante, on peut voir les mineurs en activité, maniant pelle, burin, dynamite, et mastiquant des feuilles de coca, dont la consommation est courante en Bolivie.
(La feuille de coca a des propriétés médicinales et nutritives exceptionnelles : elle fournit plus de calcium que le lait, plus de fer que les épinards, et autant de phosphore que le poisson, et avant 1923 et la découverte d’une molécule générique, c’est un alcaloïde extrait de la feuille de coca qui servait d’anesthésiant en médecine. Aujourd’hui la feuille de coca sert de base pour la production du Coca Cola, mais aussi de la cocaïne, ce qui fait que le gouvernement reçoit de nombreuses pressions de l’étranger pour stopper la production de cette plante, alors qu’elle est très importante dans la culture bolivienne. Pour en savoir plus, un très bon article sur la géopolitique de la feuille de coca ici : http://www.monde-diplomatique.fr/2008/05/LEVY/15877
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La Paz
Nous prenons ensuite la direction de La Paz, capitale administrative du pays, encastrée dans une vallée entre 3020m et 4000m d’altitude (avec une moyenne à 3700m). Capitale la plus haute du monde, si haute que l’eau y bout à 80°C, La Paz fut fondée en 1548 par les Espagnols. Comme beaucoup d’anciennes villes coloniales, elle s’articule donc autour d’un centre historique, épicentre d’un séisme de constructions qui s’étendent autour à perte de vue. La particularité de La Paz est qu’elle est décomposée en deux villes : la vallée qui abrite le centre historique, les quartiers d’affaires, des quartiers résidentiels, et El Alto, plateau surplombant La Paz, devenu une immense cité-dortoir de 500.000 habitants, principalement des paysans ayant quitté leurs terre.
Nous passons notre première nuit à La Paz dans notre voiture, garés devant l’ambassade de France, sous l’œil bienveillant de ses caméras de surveillance et de ses gardiens. En nous réveillant, nous rencontrons brièvement le Consul de France en Bolivie, et prenons quelques renseignements. Nous filons ensuite trouver un hôtel, et allons porter notre van dans le garage d’un Allemand (qui connaît bien notre modèle), pour lui faire une révision.
Nous restons trois jours à La Paz pour travailler et planifier la suite du trajet, et nous prenons ensuite la route du Pérou. Nous passerons la frontière à Copacabana sur le Lac Titicaca.
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Copacabana
Etymologiquement, Copacabana est dérivé de mots de langue Aymara : kota kahuana, signifiant « vue sur le lac ». La ville de Copacabana est un bourg tranquille de 6.000 habitants, connu pour sa situation centrale sur l’axe La Paz – Cuzco, mais surtout pour sa basilique morisque, Notre Dame, qui abrite la Vierge de la Chandeleur, Reine de la Bolivie, taillée en 1580 par l’artiste Francisco Yupanqui, neveu du puissant empereur Inca Tupac Yupanqui. C’est cette ville donnera en 1754 son nom au célèbre quartier de Rio de Janeiro au Brésil, dans lequel une chapelle abrite une réplique de la Vierge de la Chandeleur.
Pour atteindre la ville, il nous faut traverser le Lac Titicaca, à l’endroit où il est le plus étroit, sur un bac de bois à peine plus large que notre voiture… Nous atteignons Copacabana en fin de matinée, et comme chaque matin dans cette ville, une cérémonie organisée par les moines de la basilique veut que chacun peut faire bénir sa voiture ! Nous nous faufilons donc avec le van dans le cortège de véhicules, et rapidement, nous nous retrouvons avec des guirlandes de fleurs sur le pare-brise, la calandre, et quand vint notre tour, un moine nous bénit, nous et notre voiture. Bon présage avant d’entrer au Pérou ! Nous ne pousserons pas le vice jusqu’à lui demander, comme le font les boliviens autour de nous, de bénir les pièces du moteurs fragiles, ni non plus d’asperger notre voiture de bière ou de champagne mousseux !
Toutefois, c’est fièrement décoré de fleurs que notre van fait les 5 kilomètres qui nous séparent de la frontière péruvienne…
