mai 11 2009
Colombie
Du 17 au 30 avril 2009
En introduction, voici un mail reçu en préparant la route colombienne…
Bonjour,
Vous nous indiquez que vous avez l’intention de traverser la Colombie de l’Equateur en direction du Panama.
Or, l’Ambassade de France vous déconseille d’effectuer ce périple. L’itinéraire que vous souhaitez emprunter passe en effet à proximité immédiate de plusieurs zones où votre sécurité ne serait pas assurée.
Nous vous invitons à consulter la fiche « conseils aux voyageurs » à l’adresse www.ambafrance-co.org
Cordialement,
M. A.
Ambassade de France en Colombie
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Les innombrables mises en garde que nous avons reçues de France ont achevé de nous faire redoubler de prudence pour préparer cette partie de notre itinéraire, s’il était besoin. Pour autant, elles contrastent avec les avis de voyageurs rencontrés et revenant de Colombie, qui nous ont unanimement assuré que c’était le plus beau pays d’Amérique du Sud, avec la population la plus accueillante. Puisqu’il nous faut de toute façon traverser le pays, nous prenons le parti de nous en tenir à ce que nous disent ceux qui ont fait la route dans les deux derniers mois, et de continuer avec les règles de prudence que nous nous imposons depuis le début de notre voyage.
Trop tard, les mises en garde, certes bienveillantes, mais venant parfois de personnes n’ayant jamais mis les pieds en Colombie, ou tout au plus à Carthagène, augmentées de ce mail reçu de l’Ambassade de France à Bogota, et de l’image que les medias français donnent de la Colombie, nous ont transpercés, imprégnés. Et voilà que la veille de notre départ, nous imaginons le pays comme une vaste forêt humide, peuplée de paramilitaires armés aux mines inquiétantes et aux intentions mauvaises…
Nous n’en menons donc pas large en approchant de la frontière, pris de ce sentiment mêlé d’inquiétude et d’excitation que sait si bien provoquer l’inconnu quand on s’en approche.
Juste avant la frontière, nous nous arrêtons pour prendre de l’essence, pour profiter de son prix en Equateur (17 cts d’euro le litre !), et là, la pompiste nous explique avec un grand sourire que nous allons mettre 6h à relier Pasto, notre première étape en Colombie, que la route est excessivement dangereuse, que nous risquons de nous faire enlever à tout moment, et au mieux voler…
Or, il est 14h, et nous n’avons pas, mais alors pas du tout envie de rouler de nuit en Colombie, où le soleil se couche à 18h30. Par ailleurs, les informations que nous avons disent qu’il y en a plutôt pour 1h30, et que la route est sûre en plein jour.
Nous nous regardons, et d’un air entendu sautons dans la voiture, décidés à aller nous faire confirmer tout cela à la frontière.
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Cet oiseau de malheur avait tout faux, Dieu merci, et ce n’est finalement qu’en entrant en Colombie que nous commençons à nous sentir mieux.
D’abord à la douane.
Nous nous faisons confirmer ce que nous savons déjà : que la route pour Pasto ne nous demandera pas plus d’une heure trente, et j’entends encore le fou rire du douanier Colombien quand je lui ai demandé gauchement :
- La pista para Pasto esta seguro en este momento ?’
et lui de me répondre une fois son rire passé :
- si. mui tranquilo. la gente hablan mucho pero no se passa nada.’
- y… cuanto tiempo para ir à Pasto ?
- Hora y media, mas o menos.
Bienvenidos a Columbia ! me dit-il, en me retournant mon passeport.
C’est ainsi que, carnet de passage en douane de la voiture tamponné, passeports visés, nous entrons en Colombie. Il nous faudra un peu moins de deux heures d’une route aérienne, surplombant de vastes vallées, pour atteindre Pasto. Nous nous détendons peu à peu, la route est gardée par des soldats, ou plutôt de jeunes colombiens en service militaire, tout le long, et surtout elle est splendide.
Petite anecdote : nous arrivons d’Equateur, où seul le dollar circule, et n’avons pas pu acheter de pesos colombiens à Quito. Nous prévoyions donc de retirer à Pasto. Mais voilà : à 20 km de Pasto, il y a un péage… Nous n’avons rien pour le payer…
Nous descendons sur le bord de la route, pour demander aux autres voitures si elles veulent bien nous échanger un peu de monnaie, sans quoi nous ne pourrons pas passer. C’est là que nous goûtons pour la première fois à la gentillesse des colombiens, que nous retrouverons absolument partout dans le pays. Non seulement les gens s’arrêtent pour nous échanger de quoi payer le péage, mais nous posent des questions, nous souhaitent la bienvenue, etc. Une demi-heure plus tard, nous sommes à Pasto, que nous traversons du sud au nord avant de trouver l’hôtel que nous avons réservé le matin même depuis Quito, et où il nous faudra dégonfler les pneus de notre van pour faire rentrer ses 2,46m dans le parking…
(Pas question de dormir dehors dans la voiture en Colombie. Et ça, ce sont les colombiens qui le disent. Il y a deux Colombies, celle du jour, et celle de la nuit. Celle de la nuit est, pour le coup, véritablement dangereuse, surtout dans le sud.)
Mais vraiment, ce n’est pas cela qui retient notre attention. Pas de sentiment d’insécurité en plein jour, même dans le sud, que plus d’un nous avait recommandé de ne traverser sous aucun prétexte. Le danger existe, mais au même titre qu’en Bolivie ou en Equateur, qui sont d’ailleurs aujourd’hui des pays plus dangereux pour le voyageur que la Colombie.
Ce qui est remarquable, vraiment, c’est la politesse, la disponibilité, et l’attitude bienveillante de tous les Colombiens que nous avons rencontrés. Tous ont envie de vous renseigner, de vous apprendre quelque chose sur leur pays, et le font ‘con mucho gusto’, comme ils disent. Nous sommes très surpris, nulle par ailleurs nous n’avons rencontré tant de sollicitude à notre égard, et en sommes presque gênés ! Gênés d’avoir pu imaginer que la traversée de la Colombie serait une épreuve.
C’est tout le contraire. Et nous avons une chance inouïe : nous apprenons en arrivant à Pasto, le premier soir, que le bateau qui doit transporter la voiture de Carthagène au Costa Rica est retardé de 4 jours, ce qui veut dire que nous allons avoir plus de temps pour profiter du pays !
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Pasto – Cali
Le deuxième jour, nous empruntons la route de Pasto à Cali, qui nous prendra six heures. Nous ne serons arrêtés qu’une fois par l’armée, pour un contrôle de routine. Le soldat a 23 ans, un large sourire encombré d’un appareil dentaire. Il nous parle de la France, de Napoléon, qu’il admire, de Lyon dont il a vu des photos et dont il admire le football, nous complimente sur la police française, la meilleure du monde nous dit-il, nous pose des questions sur Paris, Grenoble ou encore Lille. Il oublie totalement de vérifier les papiers de la voiture, qu’il nous rend sans y avoir jeté un coup d’œil, et nous confie en nous souhaitant la bienvenue dans son pays, que les kilomètres qu’il nous reste à faire avant Cali forment la plus belle route de Colombie. C’est vrai, nous nous régalons pendant les trois heures qu’il nous reste, laissons derrière nous la redoutée ville de Popayan, et arrivons à Cali en début d’après-midi.
Nous y sommes attendus par Claudia, architecte rencontrée à Lima (Pérou), dans une éco-maison à la mode andine, faite de terre, de paille et de bambou uniquement. Le résultat est étonnant ! Nous sommes invités à rester deux nuits, et le retard pris par notre bateau nous y autorise.
Arrivés à Cali, nous avons derrière nous la partie la plus ‘dangereuse’ de la Colombie, le tant redouté sud où sont encore retranchés les derniers FARCs.
Nous prenons le parti dans ce carnet de ne pas évoquer la guérilla colombienne. Nous en avons eu assez de n’entendre parler que de ça en préparant le voyage en Colombie, et nous souhaitons ne pas véhiculer encore un peu plus cette mauvaise image, alors que la Colombie n’a jamais, au cours de son histoire, été aussi sûre qu’aujourd’hui, et les FARCs jamais autant affaiblis depuis 60 ans.
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Nous nous reposons donc deux jours à Cali, et travaillons dans cette incroyable maison (en photo dans l’album colombien de ce site). La maison voisine, immense, mais tout en béton, est en construction depuis 4 ans. Chose commune apparemment en Colombie : nos hôtes nous expliquent que leur voisin est un trafiquant de drogue du cartel de Cali (devenu puissant après l’assassinat de Pablo Escobar, parrain du cartel de Medellin, en 1993), qu’il s’est fait construire cette maison mais qu’il est maintenant en prison et donc les travaux se sont arrêtés…
Précision : En matière de drogue, la Colombie fut d’abord ‘seulement’ une zone de transformation de feuilles de coca en provenance du Pérou et de la Bolivie, et zone de culture de cannabis. Mais la politique américaine d’éradication de la coca dans ces deux pays (Pérou et Bolivie), puis l’apparition d’un champignon décimant une grande partie des cultures de coca péruvienne, ainsi que la situation géographique de la Colombie, avec ses montagnes et ses innombrables vallées, son accès aussi bien au Pacifique qu’à l’Atlantique, encouragent rapidement les narcos colombiens à cultiver coca et pavot.
(On se rapportera à notre carnet ‘Bolivie’ pour toute information sur la feuille de coca, et ses différentes utilisations, et ses enjeux géopolitiques)
Les narcos prospèrent très vite, la drogue devient une ressource financière illimitée pour la guérilla, et le pays est très rapidement gangréné par la violence de lutte entre clans, règlements de compte, etc.
Là encore, nous ne voulons pas nous attarder sur le sujet, parce que ce ne serait pas rendre justice à l’expérience que nous avons eue en Colombie.
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La veille de notre départ de Cali, nous constatons sur la direction de la voiture qu’un joint a lâché. Rien qui puisse nous empêcher de rouler, nous décidons de réparer à Medellin, le lendemain en arrivant de Pasto.
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Medellin
Medellin, son cartel emmené par le célèbre Pablo Escobar, sa criminalité…
Nous apprendrons après notre départ de Medellin que le taux de meurtres par balles est tombé de vingt par jour il y a dix ans, à ‘seulement’ trois par jour aujourd’hui. Mais le Medellin que nous avons traversé était à l’image des colombiens : il respirait l’espoir, l’envie que la vie soit belle.
Les Colombiens sentent bien depuis quelques années qu’ils approchent de la sortie du tunnel, et ça leur donne une énergie pour vivre, rire, … et cela se transmet. Si la politique du président Uribe est controversée dans le pays, tout le monde reconnaît unanimement que le travail qu’il a commencé en 2002 pour sécuriser le pays porte ses fruits.
Medellin, pour nous, c’étaient des habitants qui nous prennent dans leurs bras aux stations services, quand ils remarquent notre plaque française, nous offrent des fruits, etc ; comme s’ils devaient nous être reconnaissants d’être venus dans leur pays,
C’était Romain, ami de l’ESSEC en VIE, qui nous accueille chez lui et nous parle de son nouveau pays qu’il aime déjà énormément, alors qu’il n’y est que depuis deux mois, Romain qui nous arrange un rendez-vous avec le président de la fondation de son entreprise, Exito, premier employeur en Colombie, filiale de Casino ;
C’était Diego, qui respire la joie de vivre, et qui dégage cette énergie, cette bienveillance toute colombienne, et cette élégante curiosité qui le pousse à vous inviter sans jamais vous obliger ;
C’étaient d’excellents musiciens anonymes dans un bar, qui viennent à notre table, parce que nous sommes français, pour nous expliquer avant chaque chanson un morceau d’histoire de leur pays, et ce qu’ils vont ‘nous’ jouer ;
Medellin, c’était One Laptop per Child, projet visité dans une école de ce qui fut il y a cinq ans l’un des quartiers les plus dangereux du monde, et où notre chauffeur de taxi nous assure qu’il n’aurai jamais osé s’aventurer, et où nous avons été accueillis à bras ouverts ;
Medellin, c’est ce jeune mime, cherchant trois sous en faisant des sketches à un feu rouge, et qui s’interrompt en voyant notre voiture, pour venir nous parler et nous souhaiter bienvenue, et qui deux jours plus tard nous saute dans les bras en nous reconnaissant dans la rue…
Medellin, ce sont les colombiennes aussi, dont il faut dire un mot, car il est vrai qu’elles sont très belles ;
C’est ce garçon de café qui m’apporte son propre téléphone portable quand je lui demande où je peux trouver un téléphone public, et qui refuse l’argent que j’essaye de lui donner en échange ;
Medellin, nous n’y sommes restés que trois jours, dont une partie dans un garage pour surveiller ce que l’on faisait à notre voiture, mais Medellin, nous y retournerons !
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Cartagena de Indias
Très longue route depuis Medellin, qui nous prendra 12 heures sans nous arrêter, sauf par la police ou pour prendre de l’essence. Route plus monotone que les autres routes colombiennes, car trois heures après la sortie de Medellin, nous quittons définitivement la cordillère des Andes, qui laisse place à la plaine, et la température augmente de 3°C tous les 50 km jusqu’à notre arrivée à Carthagène…
Et Carthagène, quelle récompense pour terminer la partie sud américaine de notre voyage…!
La population de Carthagène est à l’image de la Colombie : un mélange accueillant qui vient de la situation géographique du pays et de son histoire. Porte des Andes à l’époque coloniale, sur la mer des caraïbes, bastillon du royaume d’Espagne pendant près de quatre siècles, tout l’or pillé aux Incas et aux Aztèques y était emmagasiné. La ville servait aussi de port de déchargement des esclaves venus d’Afrique par milliers.
Les imposants remparts qui encerclent la vieille ville ont été maintes fois assiégés, mais jamais pris, et la vieille ville à l’impressionnante conservation, ressemble encore tout à fait à ce qu’elle était lors de sa fondation.
Au programme entre deux ballades dans la somptueuse vieille ville, nous devons nous occuper de mettre la voiture dans son cargo pour le Costa Rica, et de trouver un moyen de passer nous même au Panama ou au Costa Rica, à un prix moins prohibitif que la liaison aérienne.
Au final, Ludovic restera à Carthagène jusqu’au narco contrôle, donc jusqu’au départ du cargo pour la voiture. Gregory et moi nous embraquons en tant que ‘’mousses’’ sur un ancien chalutier qui fait la traversée pour emmener des touristes de Carthagène au Panama en quatre jours…
PL

C’est incroyable tous les choses que vous avez écrit de la Colombie. Je me sens vraiment surpris de cette experiénce que vous avez vécu dans tous les petites coins de mon pays et que je vous assure ils sont une petite partie de tous les paysages et cultures que vous ne connaissez pas déjà. C’est pour ça que je vous invite (plus que deux jours svp) pour vous montrer pour quoi nous sommes le peuple le plus hereux du monde.
Las puertas de Colombia, Medellín y mi casa siempre estarán abiertas para ustedes y todos los que quieran venir con ustedes. Muchas gracias por todo lo que escribieron. Me quedo sin palabras!
Muchos exitos mis amigos!!!