juin 19 2009

Amérique Centrale

Publié par Latitude Responsable

Après tous ces kilomètres avalés depuis Buenos Aires, toutes ces routes parfois difficiles, la Colombie et en particulier Carthagène furent de très belles récompenses.

Il ne reste plus qu’à passer en Amérique Centrale, c’est à dire mettre le van sur un bateau pour le Costa Rica – un cauchemar administratif pour Ludo – et à passer nous même au Panama ou au Costa Rica de la manière la moins chère possible…

Il faut préciser ici que la bande de terre de 40km qui constitue la frontière entre le Panama et la Colombie et entre l’Amérique du Sud et l’Amérique Centrale, , le ‘Darien Gap’, est quasi impossible à traverser par la terre. Zone de jungle marécageuse, peuplée de tribus indigènes et d’autres trafiquants de drogue ou d’armes, la zone est dépourvue de route. Nous n’avons aucune envie d’aller nous y embourber !

Nous passerons donc au Panama par bateau, embarqués comme mousses sur le vieux chalutier d’un français trouvé à la marina de Carthagène, et qui organise le passage Colombie – Panama régulièrement pour gagner de l’argent. (Le prix pour tous les touristes est de 380$ pour la traversée, ce qui est très cher. Nous nous en tirons à 150$ pour 4 jours de traversée suite à une négociation serrée de Greg, avec pour engagement d’aider à bord et de dormir sur le pont.)

Ludovic restera quant à lui à Carthagène jusqu’au ‘’narcocontrol’’ de la voiture. Nous le rejoindrons donc Grégory et moi au Costa Rica, où il ira directement en avion.

La traversée fut épique, sur un vieux chalutier dont le moteur de 1943 perdait inexplicablement de l’huile, avec quelques nuits sur le pont du bateau, attaqués par les poissons volants quand nous naviguions la nuit, et barrant nous même pour soulager le capitaine.

*

Panama

Nous débarquons au Panama par les îles San Blas, constellation de plus de 380 îles relativement peu peuplées au large du Panama, sur la côte caraïbe. Nous sommes comme jetés sur la côte, avec tout de même un officier des douanes que nous arrivons à faire venir pour tamponner nos passeports afin de ne pas entrer illégalement dans le pays. Nous sommes à la veille des élections présidentielles au Panama, et pendant les trois jours qui vont suivre, toutes les administrations seront fermées.

Nous passons la nuit à Porto Lindo, et le lendemain prenons un bus pour Panama City avec les autres touristes qui étaient avec nous sur le bateau, tous des jeunes de notre âge des quatre coins du monde, avec qui nous nous sommes très bien entendus. La plupart des bus panaméens sont d’ancien school bus venant des USA, et revendus par les US à ses voisins du sud.

À Panama, nous passons quelques jours dans Casco Viejo pour travailler à notre site, newsletter, et au programme d’Amérique Centrale. Pendant ce temps, un milliardaire qui possède déjà presque toutes les entreprises d’importance du pays, à la tête de l’opposition, gagne les élections présidentielles. Les panaméens, qui souffrent d’un problème immense de répartition des richesses, ont tout de même choisi de confier à un seul homme le pouvoir économique et politique de leur pays…

Nous passons notre dernière nuit dans une famille délicieuse, celle du directeur de la Banque Mondiale au Panama, Frédéric de Dinechin. Nous en profitons pour faire un saut au Canal, puis dans différents marchés de la ville.

Nous prenons ensuite un bus de nuit qui sera interminable pour rejoindre San José, la capitale du Costa Rica, où nous devons retrouver Ludovic.

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Costa Rica

Nous passons notre première nuit au Costa Rica chez des amis du beau frère de Ludo, venus travailler à San José. Le lendemain, premier jour de route pour le van en Amérique Latine, nous avons notre premier problème mécanique sur cette partie du continent : fuite du liquide de refroidissement sous la banquette arrière, là où le liquide passe dans la ventilation…

Comme à chaque fois dans ces moments là, nous commençons par vérifier que le problème n’est pas dangereux (exemple : qu’il n’y a rien qui brûle). Ensuite nous rions un bon coup en allumant une cigarette, puis, nous agissons. À chaque panne jusqu’à présent, nous avons eu beaucoup de chance. Ce jour là encore : il y a un garagiste à un kilomètre. Nous laissons refroidir la voiture (nous sommes en montagne), remettons de l’eau de notre douche dans le réservoir, et parcourons les 1km qui nous séparent du fameux garagiste sans forcer sur le moteur pour ne pas le faire chauffer. Deux heures plus tard nous serons repartis, en ayant coupé la ventilation du circuit d’eau, pour éviter la zone de fuite.

Nous passons la nuit à Dominical, sur la côte Pacifique, notre van sur la plage. Un luxe que permet le fait de voyager avec sa propre voiture !

Au Costa Rica, pas de rendez-vous avec aucune entreprise, donc nous remontons tranquillement le pays pour nous rapprocher du Nicaragua. Nous faisons un crochet de deux jours par la réserve naturelle de Corcovado, presqu’île au sud du pays sur le Pacifique, jungle dense peuplée uniquement de singes, de perroquets aras, d’iguanes, et de surfeurs. Nous prenons en stop une américaine perdue au milieu de nul part, qui sêche ses larmes en montant dans la voiture. Elle se rend à une soirée au sud de la presqu’île, nous décidons de l’y emmener et de l’y accompagner. Nous nous retrouvons dans un bar, avec uniquement des américains très très ‘cools’, venus ici acheter un terrain, pour se construire une maison, préserver la nature et l’endroit, et cultiver quelque chose, n’importe quoi pourvu que ce soit ‘organic’. Nous nous regardons avec un sourire en coin, cet endroit nous rappelle beaucoup Auroville en Inde !

Nous remontons ensuite vers le volcan Arenal, mais pendant trois jours, les nuages et la pluie ne nous laisseront pas apercevoir ses coulées de lave… Nous en profitons pour travailler à la suite du voyage, et à la mise à jour de nos documents et de notre site, comme à chaque fois que nous avons un peu de temps pour souffler.

Nicaragua

Au Nicaragua, nous terminons le travail en cours dans la très belle ville de Granada, en bordure du Lac Nicaragua, dont l’architecture coloniale très bien conservée et de style andalou lui vaut le surnom de ‘Grande Sultane’. Deux jours plus tard, nous sommes à Managua, la capitale, pour un rendez vous avec le projet Potters for Peace (voir onglet Videos). Puis nous partons directement pour le Honduras.

Honduras

Au Honduras, nous sommes attendus par une amie française venue vivre dans un village garifuna sur la côte nord du pays : Triumfo de la Cruz. Les garifunas sont un peuple des îles caraïbes, dont l’histoire veut qu’ils sont les descendants de rescapés du naufrage d’un navire négrier, et seraient les seuls noirs du continent à n’avoir jamais connu l’esclavage.

Le Honduras, en crise politique grave au moment où nous écrivons ces lignes, a parqué ce peuple le long de ses côtes, et ils vivent relativement isolés du reste du pays, avec une économie essentiellement tirée par le grand nombre de jeunes partis travailler, souvent illégalement, aux USA.

Nous passons de très bons moments avec Hélène qui nous raconte les histoires de son village, de ce peuple avec lequel elle vit depuis deux ans.

Et en passionnés de plongée sous marine que nous sommes, nous faisons aussi un crochet par l’île d’Utila, où les fonds marins sont très beaux, pour deux plongées et beaucoup de snorkeling autour de la petite île en dessous d’Utila où nous établissons domicile (La ville d’Utila town, avec ses bars bruyants, son ambiance à l’américaine ne nous attire pas, faut-il dire que notre voyage nous rend un peu sauvages !?). À Utila, quand nous ne sommes pas dans l’eau, nous réfléchissons à notre projet, avec des pélicans pour compagnie, ou nous dégustons des hamburgers de homard… le moins cher sur la carte !

Nous commençons à faire un travail de fond sur les acquis de ce voyage, pour préparer déjà le contenu de nos conférences à notre retour. Nous avons vu, entendu, observé tellement de choses, il va nous falloir les mettre en forme !

Nous retournons à Triumfo de la Cruz pour une dernière nuit, et reprenons la route pour le Guatemala, en nous arrêtant une nuit autour des ruines mayas de Copan, juste avant la frontière. Ca y est, nous entrons en territoire Maya…

Guatemala

Nous arrivons de nuit à Antigua, qui fait partie de ces quelques villes coloniales d’Amérique qui ont conservé un charme authentique. Nous trouvons un hôtel qui accepte que nous dormions sur son parking. Le lendemain, après une rapide ballade dans la ville, nous partons pour Panajachel, au bord du lac Atitlan. Nous prévoyons quatre jours de travail dans un hôtel magique au bord du lac, accessible seulement par bateau. Nous prenons trois lits dans le dortoir, dans lequel nous nous retrouvons en fait seuls, donc nous avons la plus grande chambre de l’hôtel ! Le lac, considéré comme un des plus beaux du monde, est bordé par trois volcans et de nombreuses montages. Quelques villages se retiennent à leurs flancs pour ne pas tomber dans l’eau.

Le Guatemala est un des pays d’Amérique Centrale qui est resté très authentique. Son nom en nahuatl (langue d’un groupe ethnique dont les Aztèques faisaient partie) signifie ‘endroit avec beaucoup d’arbres’. La monnaies, le quetzal, fait référence à ce superbe oiseau bleu que l’on aperçoit de temps en temps, et dont les longues plumes de la queue faisaient partie des objets de luxe des mayas.

De la civilisation Maya, apparue 1000 ans avant l’ère chrétienne, il reste des dialecte et une culture forte, l’habit traditionnel encore très porté par les femmes (les hommes privilégient en général des articles textiles vus sur MTV et importés des USA, comme dans beaucoup de pays que nous avons traversés), et des sites archéologiques époustouflants tels que celui de Tikal, encore en pleine jungle, et que malheureusement nous n’aurons pas le temps d’aller voir.

Inquisition espagnole, rites maya, et marché.

L’influence espagnole se retrouve bien entendu dans la langue officielle, et dans l’architecture des villes. Nous nous arrêtons à Chichicastenango, village perché sur une crête, connue pour avoir conservé une forte culture maya, et pour son marché, qui jadis fut une des places commerciales les plus importantes de la région maya.. Nous y trouvons ce que nous cherchions : une population farouche et en habit, et des scènes de vie qui deviennent rares.

L’église Saint Thomas vaut aussi le coup d’œil, datant d’il y a 400 ans, donc d’une époque où l’église devait faire très peur en Amérique Latine (Il y a précisément 400 ans, en 1609, était créé le tribunal d’inquisition de Cartagena de Indias (Carthagène), en Colombie…)

Les marches de l’église menaient autrefois à un temple maya, et sont encore vénérée par la population, qui place des offrandes et de l’encens à leur pied. 18 marches, autant que le calendrier maya compte de mois, et on entre dans une nef très sombre, oppressante, inquiétante comme la toque de Torquemada (Premier Grand Inquisiteur d’Espagne au XVème siècle, sic), où l’on se sent mal à l’aise. Des traces sombres sur le perron… du feu ? du sang ? Nous trouverons l’explication plus tard sur Wikipedia : ‘’Des chamans utilisent encore l’église pour leurs rituels, dans un syncrétisme des rites mayas et du catholicisme romain, en y allumant des bougies et de l’encens et en faisant parfois des sacrifices d’animaux. Une des manifestations les plus importantes de ce syncrétisme est la procession du Vendredi saint, pendant laquelle sont représentés, sous les noms de saints chrétiens, les principales figures de la mythologie maya.’’

Incendie dans la voiture…

Le lendemain, sur la route qui devait nous emmener directement au Mexique, nous sommes forcés de nous arrêter parce que le van dégage une fumée anormale et très odorante… Nous nous précipitons de vider le coffre pour soulever le capot du moteur en dessous, et découvrons notre moteur en flammes !! Dieu merci, nous avons un extincteur dans la voiture, et même si nous devons terminer de maîtriser le feu avec notre douche, il sauve la voiture de l’incendie total…

Nous voilà donc au bord d’une route guatémaltèque, avec des parties du moteur brûlées (filtre à diesel, tous les câbles électriques, réservoir de liquide hydraulique, …), et évidemment il est hors de question de redémarrer comme ça.

Nous nous regardons, éclatons de rire, et comme à chaque fois qu’une tuile de ce genre nous arrive, commençons par allumer une cigarette (oui oui on sait c’est pas bien), sans rien dire. En général, il se passe toujours quelque chose avant que nous ne la finissions, ou au pire l’un d’entre nous a une bonne idée. Cela permet aussi à chacun de reprendre ses esprits.

Cette fois-ci encore, cela se vérifie. Deux minutes plus tard, une voiture de police passe à côté de notre van, encore fumant au bord de la route et éventré de bagages, et s’arrête. Les deux agents, armés jusque aux dents, restent avec nous pour nous protéger des pilleurs qui attaquent fréquemment cette route (merci messieurs !), et appellent une dépanneuse. Et en attendant la dépanneuse, un joli van jaune, Volkswagen lui aussi, s’arrête. Nous faisons la connaissance de Noam, un israélien dégouté par ses trois années de service militaire, qui voyage pour répandre autour de lui sa joie de vivre, et qui passera les deux jours suivants avec nous !

Sans grande conviction, nous demandons aux dépanneurs de nous amener à Quetzaltenango, auprès du meilleur garagiste qu’ils connaissent. En chemin, nous commençons déjà à faire des plans dans nos têtes pour poursuivre la route sans le van, et envisager toutes les solutions possibles pour ne pas avoir à l’abandonner ici…

Nous arrivons dans un tout petit garage familial, dont le dépanneur nous assure qu’il est le meilleur de la ville… Et la tête que celui-ci fait alors qu’il découvre l’état du moteur ne nous rassure pas beaucoup !

Toujours est-il que, là où un garagiste français nous aurait envoyé vers la première casse venue, notre magicien de Quetzaltenango nous fait redémarrer la voiture en moins de 24 heures…

Nous n’en revenons pas !!

Du coup, le lendemain de notre horrible incendie, nous nous passons sous un panneau de circulation qui nous rend très fiers du chemin parcouru, qui dit :

‘Bienvenidos à Mexico’

PL.

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