juil 20 2009

Mexique

Publié par Latitude Responsable

Du 27 mai au 13 juillet 2009

Ayutla est une ville désolée, comme la plupart des villes frontières que nous avons traversées. Désolée de nous voir quitter le Guatemala, je ne sais pas, mais désolée de ses rues sèches et poussiéreuses, de ses habitants au regard anguleux et méfiant, de son allure de garnison saharienne désaffectée, c’est plus probable, et le poste de douane qui s’y trouve et qui permet de passer au Mexique est bel et bien la seule raison qui peut pousser le visiteur à venir ici… Nous nous empressons d’aller faire tamponner nos passeports et celui de la voiture (son carnet de passage en douane), et filons vers un nouveau monde.

Je revois encore ce panneau vert qui nous a donné beaucoup de fierté : « Bienvenidos a Mexico ». En soi, rien de très triomphal, seulement la satisfaction d’avoir réussi à emmener notre van jusqu’ici depuis Buenos Aires, soit près de 18.000km parcourus déjà à travers la redoutable Cordillère des Andes, le bonheur de sentir un rêve se réaliser, et l’amicale pleinitude d’avoir, sans accrocs, mené ce projet à trois.

Bien sur ce n’est pas terminé, et il reste encore beaucoup de route, et puis ensuite l’Afrique! Mais déjà, nous sentons du chemin derrière nous, et quoi qu’il puisse arriver, nous sommes heureux d’avoir traversé la partie la plus fascinante de l’Amérique.

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En ce 27 mai 2009, nous entrons donc au Mexique, et nous présentons à la douane. Curieusement, si on nous désinfecte les pneus de la voiture, et si on nous explique que nous ne pouvons pas entrer avec ce melon dans notre glacière, c’est le premier pays depuis le Panama qui, en plein contexte de grippe porcine, ne nous demande rien à propos de notre état de santé, et ce sont les premiers douaniers que nous ne voyons pas porter de masques!

Une fois obtenu notre petit tampon vert estampillé ‘Chiapas’, nous filons vers Tapachula, où nous prévoyons de seulement passer la nuit. Nous y emmenons l’officier des douanes qui nous demande si nous voulons bien le raccompagner chez lui, puis nous nous trouvons un hôtel qui accepte que les romanichels que nous sommes en train de devenir dorment sur son parking.

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Le lendemain, nous avalons en 10 heures la route qui nous sépare de Palenque (c’est très grand, le Mexique, c’est presque aussi long que l’Inde du nord au sud…), où nous faisons escale pour la nuit. Nous dormons quasiment dans la jungle, à l’entrée du splendide site Maya que nous retournerons voir un peu plus tard… Enfin, nous essayons de dormir en dépit de la chaleur et des berceuses des singes hurleurs…

Ensuite, direction Tulum sur la côte Caraïbes, où nous prévoyons de passer quelques jours de repos-travail. Le repos-travail est un concept propre à notre projet : nous passons le plus clair de notre temps à faire de la route, à rencontrer des gens, des entreprises, à réparer notre van, etc. Le repos-travail, ce sont ces journées où nous restons au même endroit, pour écrire nos carnets, reportages, monter des films, décharger, trier et sélectionner nos photos, mettre à jour notre site, répondre à nos mails, préparer la suite du voyage, travailler sur notre cas, etc…

À Tulum, nous resterons quelques jours au bord de la plage, dans un tout petit lot de bungalows tenus par une famille charmante, et que la grippe porcine a rendu presque gratuit en faisant fuir les touristes… Une merveille nommée ‘Playa Selva’.

Nous en profitons pour aller voir l’ancien port de pêche Maya de Tulum, avec ses pyramides qui se dressent au-dessus de la mer turquoise, et pour faire de belles photos sur la plage avec notre van, que vous pourrez voir dans la partie photos de notre site.

Après ces quelques jours, nous prenons la route plein Ouest direction Mexico City, en repassant par Palenque. Palenque est un des plus grands sites Mayas découverts à ce jour. Composé d’un palais aux nombreuses cours intérieures, de tombeaux en pyramide, de bâtiments coiffés de ces toits étranges, dont les astronomes se servaient pour suivre le calendrier et déchiffrer le mouvement du soleil. Le site est impressionnant, surplombant une immense vallée, et protégé par ces singes hurleurs qu’on imagine géants à les entendre alors qu’ils sont tout petits.

Mais à Palenque, pour le moment, c’est seulement 10% des bâtiments qui ont été déterrés. En avançant un peu dans la jungle dont le site émerge, on les voit, ces structures, on devine des pyramides sous la végétation, recouvertes entièrement mais tellement évidentes!! On a envie de creuser!

Il resterait mille structures sous la forêt…

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Après cet arrêt fabuleux, nous prenons la direction de San Cristobal de Las Casas, superbe ville coloniale, une des premières de la Nouvelle Espagne, fondée en 1528. Nous y passons quelques jours, le temps de travailler et de faire changer les plaquettes de freins de la voiture, mises terriblement à mal par les routes de la région…

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Le jour de notre départ pour Mexico, il se passe un événement majeur de notre trajet, qui va nous bloquer pour un mois. LA panne moteur que nous redoutions tant… Première et dernière panne moteur, et toute une épopée dont voici les grandes lignes…

- Nous sommes tranquillement en train de rouler dans le Chiapas, un samedi. Le Chiapas est une région montagneuse peuplée d’indigènes et de zapatistes (voir notes de bas de page). Tout d’un coup, notre van perd énormément de puissance à l’accélération. Nous nous arrêtons. En redémarrant, idem, aucune puissance. Nous voilà bloqués dans un endroit où il ne fait pas bon être bloqué…

- Nous avons une fois de plus de la chance, il ne nous reste plus que de la descente pour atteindre le village suivant. Nous faisons donc en roues libres les 14 longs kilomètres qui nous en séparent. Arrivés là bas, nous trouvons un garagiste, qui nous certifie qu’il s’agit d’un problème de boîte de vitesse, et qui nous recommande d’aller à Arriaga (à 50km) où il y a un garagiste spécialisé dans la réparation de ce type de pièce…

- Nous parcourons le chemin jusqu’à Arriaga à 30km/h en quatrième, sentant le van gémir à chaque instant…

Arrivés là bas, il nous faut trouver le garagiste, car le garage est fermé. Nous sonnons à la porte voisine et tombons sur sa soeur qui l’appelle. Génial.
Nous passerons notre samedi soir, jusqu’à minuit, devant le garage, avec Dony qui deviendra un ami, et son frère, qui trifouillent dans notre moteur, pour au final nous dire qu’il n’y a rien à faire. Notre pompe à injection ne fonctionne apparemment plus (la pièce qui sert à faire venir le diesel dans le moteur), et aucune chance de réparer ça dans la région, car cela fait seulement deux ans que des voitures diesel circulent au Mexique… (Et le problème n’a donc rien à voir avec la boîte de vitesses).

Derrière nous, à ce moment là, des clandestins guatémaltèques s’installent sur un train de marchandises pour essayer de poursuivre leur route jusqu’aux USA… Nous ne sommes pas les plus mal lotis!

Dony et son frère nous aident pour remorquer notre van jusqu’à un hôtel, où nous passons en revue toutes les options que nous avons, en dégustant la seule drogue que nous nous autorisons pendant ce voyage : un guacamole.

- Nous décidons d’aller au plus vite à Puebla, ville dans laquelle il y a l’immense usine Volkswagen pour tout le Mexique, où nous aurons plus de chances de pouvoir réparer, et ville qui en plus d’être très belle, nous place à deux heures de bus de Mexico, où nous voulons prendre des rendez-vous avec des entreprises.

Direction Puebla en semi-remorque…

- Mais voilà, nous ne pouvons pas du tout rouler… Et Puebla est à 1.200km… Et notre assurance nous dit que si nous voulons un remorquage pour Puebla, cela nous coûtera 1.300€…

Donc nous n’avons pas le choix, nous arpentons les stations services du coin, pour trouver un chauffeur de camion qui accepterait de prendre le van et de l’emmener à Puebla…

Fastoche…

Nous finissons par tomber sur Hilario, un superbe routier mexicain à l’accent de Ch’ti, au chapeau et aux santiags, qui accepte de faire la course pour moins de la moitié de ce que nous demandait l’assurance. Il est prêt à partir le soir même pour arriver le lendemain matin à Puebla. Il ne nous reste donc plus qu’à trouver une dépanneuse avec une plateforme, pour pouvoir soulever le van à plat afin de le pousser dans le semi-remorque… Fastoche, on est dimanche, et il est 19h…

- Nous vous passons les détails, mais nous l’avons trouvée, cette plateforme, et nous l’avons mis dans le semi remorque, le van, et nous sommes partis ce soir là vers Puebla, pour notre premier voyage en semi-remorque, rythmés par les ‘cabron’ lancé par notre chauffeur à tout engin motorisé croisé sur la route, et par un contrôle de police à 3h du matin, qui ne s’attendait décidément pas du tout à trouver deux français dans le camion. Ca nous a pris une bonne demi-heure pour qu’ils cessent de trouver ça louche…

Et nous sommes finalement arrivés à Puebla, dans une concession VW. Nous ne savons pas encore à ce moment là que la voiture va y rester un mois…

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Puebla, USA, Puebla, Injection…

Puebla est une charmante ville coloniale, très vivante, reflet de ce Mexique que nous avons tant aimé. Mais à Puebla, nous visiterons surtout le Taller Vol’vagen de Chachapa’, le garage où est notre van. Les mécaniciens ne connaissent rien à notre moteur, ça promet… Mais ils sont très pros, et prennent le temps de bien faire les choses. Nous comprenons très vite que nous n’irons plus aux USA avec le van, et notre objectif devient de le réparer dans les 5 semaines à venir pour pouvoir l’embarquer pour la France sans rater notre vol à New York, qui doit nous emmener à Paris puis en Afrique…

Pas de pompe à injection au Mexique, ou en tout cas aucune qui puisse s’adapter à notre moteur… Il faut la faire venir d’ailleurs…

Coup de chance, nous avons prévu depuis plusieurs mois de retrouver nos amies en Californie pour deux semaines, deux semaines après notre panne. Celle d’entre elles qui vient de France pourra donc venir avec une pompe à injection que nous rapporterons ensuite au Mexique!

Nous passons les deux semaines suivantes entre Mexico, chez Florian, un ami qui a été vraiment super, et Puebla, entre les rendez-vous avec les entreprises et le van, entre la vie nocturne de Mexico, qui est une véritable rupture dans le rythme de vie que nous avons depuis le début de notre route (nous ne sortons jamais tard le soir), et les rues de Puebla qui se vident passées 20 heures.

Ensuite, nous laissons la voiture au garage pour deux semaines, pour nous rendre en Californie où nous retrouvons celles qui nous sont chères, et de la patience de qui nous espérons ne jamais voir les limites… Deux semaines ‘off’ prévues depuis très longtemps, pour pouvoir nous retrouver, et sur lesquelles nous resterons discrets dans ce carnet. Nous nous contenterons de remercier Cyril et Mélissa, pour les raisons qu’ils savent, et de dire à Pauline, Isabelle et Camille que c’était merveilleux de les avoir avec nous!

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De retour au Mexique, nous filons à Puebla avec notre précieuse pompe à injection, qu’en deux jours les mécanos parviennent à adapter à notre van…

Enfin, après cinq tentatives, le van redémarre !!! Nous n’en revenons pas, nous n’y croyions plus! D’autres petites mais nombreuses choses à réparer, et nous voilà prêts à partir!

Depuis qu’il était au garage à Puebla, nous sommes parvenus à trouver un autre bateau que le New York – Le Havre que nous avions prévu, pour embarquer le van à Veracruz. Le van terminera donc sa route là où les premiers colons sont arrivés sur le continent américain… Le symbole nous plaît même s’il ne veut rien dire de particulier.

Le matin de notre départ de Puebla, tous les garagistes VW sont là, avec leur femmes, pour faire une photo devant cette voiture qui leur a donné tant de difficultés, et ils ne sont pas peu fiers de l’entendre démarrer! Les 300km qui nous séparent de Veracruz seront une formalité.

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C’est ainsi que nous quittons le Mexique, juste à temps pour passer quelques jours à New York chez des amis qui y travaillent, et d’y obtenir un rendez-vous chez Acumen, fonds d’investissement qui n’investit que dans le type d’entreprise que nous recherchons, et que nous tenions absolument à rencontrer pendant ce voyage. Merci à tous, Théo, Jéremy, Morgane, Fanny, Côme…

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Prochaine étape, qui ne sera certainement pas sans rebondissements, l’Afrique, où nous allons passer les deux derniers mois et demi de voyage entre le Mali et le Sénégal….

À très vite!

PL.

Notes

Chiapas

Nous entrons au Mexique par le Chiapas, la région du sous-commandant Marcos et le fief des Zapatistes. Région montagneuse, et très pauvre, alors qu’elle recèle de grandes richesses naturelles. Bienvenue au Mexique et ses contradictions : 54% de l’énergie hydro-électrique du Mexique est produite dans le Chiapas, mais en 2000 les deux tiers des habitations du Chiapas n’avait pas l’électricité (ni l’eau courante, d’ailleurs).


Précision historique : Zapata était aux côtés de Pancho Villa un révolutionnaire, assassiné en 1919. – Le sous-commandant Marcos est le porte-parole actuel de l’armée zapatiste de libération formée en 1983, soulevée en 1994, et qui combat pour les conditions de vie des indigènes, leur autonomie politique, et la justice sociale en général, dans un pays qui compte parmi les plus corrompus au monde. Il a par exemple organisé en 2001 une marche pacifique de San Cristobal de las Casas à Mexico. Le sous-commandant Marcos a réussi à se faire un nom sur la scène internationale grâce à ses talents d’orateur et d’écrivain. Il combat également contre l’avènement du capitalisme. Pour comprendre son point de vue, voir une de ses publications, traduite dans Le Monde Diplomatique d’août 1997 : La quatrième guerre mondiale a commencé : ICI

Le Chiapas est la région la plus pauvre du Mexique, il ne faut donc pas s’étonner qu’elle soit dangereuse pour le touriste, et qu’elle soit le berceau de la révolution. Les inégalités de répartition des richesses produisent partout dans le monde les mêmes effets… Elles sont ici manifestes…

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